Type et date de soutenanceSoutenance de thèse

Magies de la modernité. Illégitimité et légitimation du magnétisme en France et du chamanisme au Pérou

Fanny Charrasse

Résumé

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Longtemps, dans les sociétés industrielles, les pratiques magiques telles que le chamanisme, la voyance, le spiritisme ou le magnétisme ont été disqualifiées, voire réprimées, au motif de leur caractère apparemment inconciliable avec la modernité : fondées sur une ontologie « analogique », elles semblaient vouées à disparaître, en Occident et dans les pays occidentalisés, du fait de la montée en puissance du « naturalisme » – pour reprendre ici les catégories forgées par Philippe Descola. Depuis quelques décennies, cependant, on observe que ces pratiques magico-traditionnelles sont de plus en plus tolérées. Mieux encore : dans certains cas, elles sont encouragées et protégées par des acteur·rice·s institutionnel·le·s (comme dans certains hôpitaux ou musées). Pour expliquer ce revirement d’attitude, nombre de chercheur·e·s ont invoqué un changement culturel général. Or, non seulement cette invocation met de côté l’analyse de ce qu’un tel changement doit aux transformations structurelles des sociétés industrielles, mais elle ne conduit que rarement à s’interroger sur la manière dont les pratiques en question ont été transformées.   Ce sont ces transformations que nous étudions dans cette thèse, à partir de deux cas empiriques : le magnétisme en France et le chamanisme dans la région du Lambayeque au Pérou. Reposant sur une méthode comparative, qui combine ethnographie et enquête sociohistorique, notre démarche consiste à analyser l’immense travail social, souvent laissé dans l’ombre, qui a été fourni, ces dernières décennies, afin de conformer ces deux pratiques aux attentes de la modernité industrielle – processus que nous appelons leur modernisation simple et qui passe en particulier par leur professionnalisation et leur marchandisation. Ce faisant, nous montrons que la remise en cause contemporaine des fondements de la société industrielle, à travers la critique de la supériorité qui y est accordée aux savoirs occidentaux (naturalistes) par rapport à ceux ancestraux (analogiques), constitue moins un « retour en arrière » comme l’affirment certain·e·s acteur·rice·s, qu’un pas supplémentaire dans l’accomplissement du projet moderne – qui correspond, en l’occurrence, au passage à une modernisation réflexive. A cette occasion, nous établissons le rôle central que les sciences sociales jouent dans un tel processus, un rôle dont il nous semble important qu’elles prennent davantage conscience.

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Jury

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  • M. Cyril Lemieux (Directeur de thèse), EHESS
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  • Mme Janine Barbot, INSERM
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  • M. Didier Demazière, CNRS
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  • M. Philippe Descola, EHESS
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  • M. Nicolas Marquis, Université Saint-Louis (Bruxelles)
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  • Mme Vololona Rabeharisoa, Mines ParisTech
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