Type et date de soutenance

Il momento conservatore del neoliberalismo. Famiglia, comunità, tradizione tra Europa e Americhe (Le moment conservateur du néolibéralisme. Famille, communauté, tradition entre Europe et Amérique)

Soutenance de thèse de Matilde Ciolli (LIER-FYT), sous la direction de  Paolo Napoli, Michele Spanò (tous deux LIER-FYT) et Mauro Simonazzi (Università degli Studi di Milano).

Membres du jury :

  • Paolo Napoli, EHESS
  • Michele Spanò, EHESS
  • Judith Revel, Université Paris-Ouest Nanterre
  • Mauro Simonazzi, Università degli Studi di Milano
  • Maria Laura Lanzillo, Università di Bologna
  • Gabriella Silvestrini, Università del Piemonte Orientale

Résumé :

L'hypothèse avancée par ce travail est qu'il existe au sein de la doctrine néolibérale une tension conservatrice fondamentale, permettant de le lire non pas simplement comme une théorie économique, mais comme une doctrine politique. Paraphrasant John G. A. Pocock, la thèse a identifié un " moment "  conservateur du néolibéralisme, c'est-à-dire un noyau conceptuel qui conçoit la société comme un ordre hiérarchique, institutionnalisé par des structures telles que la famille, la communauté et la tradition. Incapable de s'autoréguler, le marché a besoin de ces structures conservatrices pour assurer la reproduction de son ordre. L'hypothèse de ce travail a été examinée à travers une perspective globale, qui étudie d'abord la genèse européenne et ensuite la transmission transatlantique du néolibéralisme dans trois contextes différents, sélectionnés en raison de leur centralité dans le développement de la théorie néolibérale. La première partie de la thèse se concentre sur l'Europe entre les années 1930 et la fin des années 1950, avec une attention particulière pour l'Allemagne, l'Autriche et l'Angleterre. Le premier chapitre est consacré au "radicalisme conservateur" de Wilhelm Röpke (1899-1966). Le deuxième chapitre étudie le néolibéralisme conservateur de Friedrich August von Hayek (1899-1992). En suivant les traces de Hayek aux Etats-Unis et de tous les deux en Argentine, la deuxième partie de la recherche se déplace outre-Atlantique. Ici, le moment conservateur du néolibéralisme est étudié entre les années 1950 et les années 1980. Le troisième chapitre est consacré au néoconservatisme d'Irving Kristol (1920-2009) qui, face au bouleversement de l'ordre social américain par les mouvements sociaux et la Great Society, se pose le problème de la restauration de la tradition libérale, en faisant de la morale, de la famille et de la religion des outils fondamentaux pour soutenir et re-légitimer l'ordre marchand . Le quatrième chapitre est consacré aux écrits d'Àlvaro Alsogaray (1913-2005), José Alfredo Martínez de Hoz (1925-2013) et Ricardo Zinn (1926-1995). A travers leur différents parcours théoriques, les trois auteurs permettent de montrer comment, en Argentine, le néolibéralisme n'a pas utilisé seulement des instruments théoriques conservateurs, mais il a fait de la dictature la condition politique nécessaire à l'affirmation de l'ordre du marché. Le cas argentin est donc central dans le développement du "moment" conservateur du néolibéralisme, car il porte à son extrême limite la contradiction constitutive entre la liberté promise par le marché et sa limitation constante par des structures sociétales conservatrices.