2020-2023 : Mères et bébés en prison

2020-2023 : Mères et bébés en prison

Développement de l’enfant, care, autonomie et droit

Projet financé par la Ville de Paris (programme « Emergence(s) »)

Durée : 36 mois

Responsables : Edouard Gardella (LIER-FYT) & Florence Lafine (LIER-FYT)

La place d’un bébé est-elle en prison ? La réponse à cette question semble évidemment négative. Et pourtant, on compte actuellement en France plus de cinquante enfants âgés de moins de 18 mois qui vivent en milieu carcéral. C’est que la réponse à la question posée est moins simple qu’il n’y paraît : si de l’avis général, un bébé ne mérite évidemment pas d’être incarcéré, nombre de psychologues, de psychanalystes et de neuroscientifiques estiment qu’il peut être dommageable à son développement et à son épanouissement futurs d’être séparé de sa mère au cours des premiers mois de sa vie : dès lors que celle-ci est détenue pour un délit ou un crime, son bébé doit donc l’être aussi, à ses côtés. L’inconfort moral de cette situation, dans une société qui se targue d’avoir sacralisé les droits des enfants, se traduit par une série de controverses entre spécialistes (juristes, psychologues, psychanalystes, militants…) qui depuis quelques années se sont intensifiées autour du statut juridique, auparavant peu questionné, de « l’enfant en prison avec sa mère » et plus largement, de la « personne emprisonnée sans avoir fait l’objet d’une sanction pénale ». Mais il se manifeste aussi au sein des unités carcérales concernées, parmi les professionnel.les et les détenues, par des tensions pratiques et des difficultés concrètes pour organiser des relations mères-enfants « normales » dans un univers qui ne s’y prête que malaisément. L’objectif général de cette recherche est de saisir la dynamique de ces controverses et la logique de ces tensions pratiques, afin de comprendre comment nos sociétés s’orientent actuellement dans la gestion concrète des droits humains et plus précisément, comment des injonctions liées à ces droits peuvent entrer en contradiction les unes avec les autres. Il est aussi, sur un plan pratique, d’esquisser des solutions pour mettre fin à ces contradictions dans le cas étudié ou du moins, pour aider à les atténuer.

Notre hypothèse est que les lignes de clivage qui structurent ces controverses, comme les tensions pratiques qui s’observent dans les « nurseries carcérales », sont liées à une inquiétude partagée sur la distribution des responsabilités quant au développement psycho-éducatif présent et futur des enfants concernés : est-ce finalement la mère ou est-ce l’institution et ses agents qui doivent en être tenus pour responsables, au double sens d’une responsabilité causale et d’une responsabilité politique ? Envisager les choses de cette manière conduit à resituer le cas de la relation mère-enfant en prison dans un questionnement plus large : celui de la prison contemporaine mise à l’épreuve des préoccupations pour l’autre et son bien-être (care) et de l’interrogation sur les responsabilités de chacun que cette épreuve introduit. S’inspirant de la démarche pragmatique en sociologie (Barthe et alii, 2013), ce projet repose ainsi, on l’a dit, sur l’analyse de controverses, ainsi que de tensions pratiques observées en situation. Trois types en particulier retiennent notre attention : les controverses et les tensions liées au développement psycho-éducatif, jugé « normal » ou « pathologique », des enfants en milieu carcéral ; celles liées à l’autonomie, présumée ou déniée, des mères incarcérées à l’égard de leurs enfants ; celles, enfin, liées à la régulation juridique du lien mère-enfant dissociant ces deux êtres comme indépendants en droit, ou au contraire les unissant en une seule entité juridique.

Membres de l’équipe :

Édouard Gardella (CNRS, LIER-FYT) ; Florence Lafine (LIER-FYT) ; Ariane Amado (DAP) ; Caroline Touraut (DAP) ; Alexandrine Guyard-Nedelec (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ISJPS) ;  Sandra Laugier (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ISJPS).