Marine Jeanne Boisson

Marine Jeanne Boisson

Post-doctorant.e
Pôle sociologie
Laboratoire interdisciplinaire d'études sur les réflexivités - Fonds Yan Thomas

boisson.marine@hotmail.fr

Actuellement :

Post-doctorante en Sociologie au sein du Laboratoire Interdisciplinaire d'études sur les Réflexivités - Fonds Yan Thomas, dans le cadre du projet ANR « COVIPOL ».

Cette enquête concerne l’étude des effets de la crise du COVID-19 sur le travail, dans différents secteurs d’activité (restauration, médecine, enseignement, journalisme, travail social, etc.). À travers une perspective comparative, elle met en lumière les processus de politisation qui émergent en réaction à la crise sanitaire dans ces milieux professionnels.

Présentation :

Marine Boisson a soutenu sa thèse de sociologie intitulée Mourir en moderne. Une sociologie de la délégation, le 7 décembre 2020, devant un jury composé de Daniel Benamouzig (Sciences Po), Marc-Antoine Berthod (HES-SO), Michel Castra (Université de Lille), Cyril Lemieux (EHESS, codirecteur de thèse), Catherine Rémy (CNRS, codirectrice de thèse), Irène Théry (EHESS) et Pascale Trompette (CNRS). Son comité de thèse était composé d’Édouard Gardella (CNRS, EHESS) et de Janine Barbot (EHESS, INSERM).

Sa thèse interroge le phénomène massif survenu en France depuis le début du XIXe siècle, comme dans d’autres nations européennes et nord-américaines, de sécularisation des pratiques liées à la fin de vie et à la mort. Elle étudie, à partir d’une double démarche sociohistorique et ethnographique, les transformations sociales qui ont conduit à ce que dorénavant ce soit à des professionnels de la santé, plutôt qu’aux familles et aux communautés religieuses, de prendre la responsabilité d’un soin envers les personnes mourantes.

Sa thèse montre que loin de s’être accomplie paisiblement, cette délégation a d’emblée soulevé de fortes oppositions. Si les critiques adressées ont été particulièrement vives à partir des années 1970 en France, l’auteure montre que la médicalisation de la mort suscite des crises publiques dès la fin du XVIIIe siècle. Elle entraîne ce que l’auteure nomme des « épreuves de délégation ». Ces épreuves ont de profonds effets sur la médecine et mènent à l’institutionnalisation, parmi les spécialistes de la santé humaine, de pratiques de subjectivation des patients mourants. Ces pratiques conduisent à tenir compte de la dimension corporelle, mais aussi biographique des patients, élargissant dans les établissements de soins les différents groupes sociaux qui interviennent auprès d’eux et les représentent (liés à la médecine, à leurs liens personnels et familiaux, et leurs besoins religieux). L’enquête ethnographique éclaire ensuite les tensions que génère actuellement, dans différents services de soins, la négociation de ce nouvel état de la division du travail social en train de se refaire. L’auteure suit ici les activités quotidiennes de soins mises en œuvre dans un CHU pour prendre en charge la fin de vie de patients jusqu’au moment de leur mort.

Sa double enquête montre alors que si les critiques adressées à l’activité des professionnels de la médecine n’ont pas stoppé le mouvement de délégation d’un soin dans l’hôpital, et si, a fortiori, elles ont échoué à le faire régresser, elles ont néanmoins eu des effets parfois inattendus sur la façon dont les professionnels de la santé règlent la tension entre l’objectivation des corps et la subjectivation des personnes. En outre, elle montre en quoi à la critique de la désubjectivation des mourants s’ajoute désormais celle, symétrique, d’un possible manque d’objectivation de leur corps. Elle souligne enfin comment ce jeu de critiques croisées se maintient et se renouvelle, car il rend explicite une tension qui émerge des pratiques de soins, et du fait qu’il contribue à publiciser les aspirations qu’elles portent avec elles, en termes d’accès aux soins médicaux et de formalisation des droits individuels du patient. Il en ressort que la médecine, profession hautement autonomisée, est devenue plus réflexive sur ses fautes professionnelles, dès lors qu’elle s’est vu appliquer des contrôles spécifiques et qu’elle a laissé une place plus grande au point de vue de l’usager et de ses représentants. Loin de l’affaiblir, un tel mouvement a au contraire solidifié son mandat, tout en la régénérant de l’intérieur.

Marine Boisson renoue ainsi avec la perspective durkheimienne sur deux points essentiels. En premier lieu, sa thèse se veut un apport à la réflexion concernant ce que Durkheim appelait le « culte de la personne », caractéristique selon lui des sociétés modernes. En second lieu, sa thèse souligne en quoi la possibilité de traiter les mourants et les morts comme des « personnes » – de les « personnaliser » pourrait-on dire – dépend d’abord, dans nos sociétés, d’un certain état de la division du travail, entre des spécialistes du soin et des acteurs représentants la subjectivité des patients, et de la régulation organique de leurs activités. À cet égard, sa thèse suggère que ce n’est pas en abolissant la délégation professionnelle que le « culte de la personne » a le plus de chances d’être honoré dans nos sociétés, mais plutôt en régulant la vie morale qui découle de cette délégation professionnelle. Plus encore, c’est en tenant compte des nouvelles « épreuves de délégation » qu’elle suscite que de nouveaux modes de traitements plus respectueux de ce « culte de la personne » pourront être élaborés.

Les recherches de Marine Boisson sur la régulation des processus de délégation se prolongent aujourd’hui au travers des recherches postdoctorales qu’elle mène dans le cadre du projet ANR « Le mourant et son milieu » à l’Université Paris Ouest-Nanterre, et de l’ANR COVIPOL, à laquelle elle participe en ce moment au sein du LIER-FYT. Ces deux enquêtes interrogent la prise en charge professionnelle de personnes dépendantes, affectées par la maladie, et les processus de politisation qu’elle suscite au cours d’activités quotidiennes de soins.

En parallèle à ses recherches, Marine Boisson continue d’explorer les liens heuristiques entre la méthodologie ethnographique et la sociohistoire au sein de sa pratique de la sociologie. Elle continue également d’enseigner. Elle a aussi créé depuis 2019, avec Léa Boursier et Giulia Lelli, le réseau : « Les morts. Définir ce qu’il reste » afin d’encourager la discussion de travaux de jeunes chercheur.se.s. sur cet objet.

Domaines de recherche :

Sociologie des processus de délégation ; Sociologie du travail et des professions ; Sociologie et anthropologie du traitement de la personne ; Sociologie de la santé et de la fin de vie ; Sociologie des processus de politisation et de déconfinement de la critique ; Sociologie des mouvements sociaux et processus de modernisation ; Méthodes d’enquête (ethnographie et son articulation avec l’histoire).

Postes :

(2021-) Post-doctorante au sein du Laboratoire Interdisciplinaire d’études sur les Réflexivités – Fonds Yan Thomas (LIER-FYT).

(2020-2021) Post-doctorante au sein du Laboratoire d’Ethnographie et de Sociologie comparative (LESC), dans le cadre du projet ANR « Le mourant et son milieu », Université Paris Ouest-Nanterre. Cette enquête a concerné le traitement institutionnel et soignant des individus atteints de maladies neurodégénératives, en France (Ile-de-France) et aux États-Unis (Californie).

(2016-2018) ATER en Sociologie et en Sciences politiques à l’Université de Rouen-Normandie.

(2011-2014) Doctorante à l’EHESS, en contrat doctoral.

Publications :

(2021) M. J. Boisson, B. Legros et R. Ponge, « Peut-on en finir avec l’autonomie professionnelle ? Les paradoxes de la prévention du risque dans la restauration parisienne », Sociologies pratiques, Vol. 41, 2020/2, p. 25-37. (Disponible ici).

(2020) Mourir en moderne. Une sociologie de la délégation, Thèse pour le doctorat de sociologie, EHESS.

(2018) Rapport de recherche pour la Fondation de France et les services funéraires de la ville de Paris, «Ce Tabou d’oublier quelqu’un. Clients et professionnels du funéraire en tension dans l’organisation de funérailles modernes », (En Ligne). (Disponible ici).

(2017) M. J. Boisson et L. Chartain, “Questioning Reality : an interview with French sociologist Luc Boltanski”, Global Dialogue. Newsletter for International Sociological Association, Vol. 7, Issue 1, March, En ligne, (Consultable ici).

(2016) « Quand la mort contamine les bureaux : l’administration des décès » dans D. Memmi, E. Taïeb et G. Raveanneau, Le Social à l’épreuve du dégoût, Rennes, PUR, p. 57-73. (Disponible ici).

(2011) Recension du livre d’A. Esquerre, Les Os, les cendres et l’État, Paris, Fayard, 2011, Politix, 2013/2, n° 102, p. 209-221. (Disponible ici).

(2011) Mourir en personne. Une sociologie pragmatique de la prise en charge administrative des défunts, Mémoire pour le master 2 de Sociologie, EHESS, 2011.

Parmi les dernières communications :

(2021) Invitation au séminaire CORTEM, Laboratoire CESDIP, ANR « Les corps témoins. Pour une sociologie politique du traitement des restes humains », « Politiques et pratiques du traitement des défunts à l'hôpital », le 12 février.

(2019) Association Française de Sociologie – Université d’Aix-Marseille - RT1 Savoir, Travail et profession, Présidence C. Gadéa et al., – «Comment donner à voir le patient défunt à sa famille? Professionnalisation et critique interne en chambre mortuaire».

(2018) Séminaire Anthropologie de la vie quotidienne organisé par A. Piette - Université Paris-10 Nanterre - Licence 2 - «Comment la vie peut-elle être prolongée en unité de soins palliatifs? Une énigme sociologique».

(2017) Intervention au séminaire de J. Bowen « Anthropology of Social Institutions », Saint Louis University – « Dying at the hospital : how professionals deals with dilemmas ? », le 2 décembre.

(2017) Journée d’étude interdisciplinaire du Canceropôle d’Ile-de-France, Paris - « Quand la matérialité du corps trouble le soin », le 22 septembre.

Responsabilités scientifiques et académiques :    

(Sept. 2021) Animation de la table ronde « La fabrique des nations modernes » lors du séminaire biannuel du LIER-FYT, Oléron, 21 septembre.

(2021-) Évaluation d’articles pour la revue Social Anthropology / Anthropologie sociale.

(2021-) Coreprésentante des docteur.e.s et post-doctorant.e.s du LIER-FYT, au sein du bureau

de direction.

(2020-2021) Co-organisatrice d’un atelier d’écriture à destination des doctorant. e. s du LIER-FYT avec Pierre Nocérino - Trois sessions (la description ethnographique, la production d’un article académique, la recension). 

(Avril 2021) Évaluatrice pour la Commission d’admission de Sciences Po., du 16 au 30 avril 2021, Sciences Po Paris.

(2019-) Co-organisatrice du réseau de jeunes chercheur.se.s « Les morts. Définir ce qu’il reste », MSH Paris-Nord.

 (Juin 2019) Animation scientifique, Journée d’étude «L’autonomie comme objet sociologique», Table Ronde «Critiquer l’impératif d’autonomie?», LIER-FYT - EHESS.  (Programme disponible ici).

(Décembre 2018) Discutante pour la journée d’étude «Épreuves de professionnalité», Table Ronde «La fabrique de l’acceptable», LIER-FYT – EHESS. (Programme disponible ici).

(Septembre 2018) Organisation du Workshop européen : Medicalisation of death and dying : systems, practices and politics - avec Natasia Hamarat (ULB - Belgique) et Natasha Dekker (UVA - Amsterdam), Université Libre de Bruxelles, Belgique. (Programme disponible ici).

(2015-2018) Organisation du Séminaire Sociologie des corps en transformation et mobilisations avec Solenn Carof (IIAC) et Marie Le Clainche-Piel (CEMS) - EHESS. (Programme disponible ici).

(2015) Organisation de la Journée d’étude « Éthique et fin de vie », Réseau « Cancer et société », MSH Paris-Nord. (Programme disponible ici).

(2014) Comité d’organisation de la première Conférence Annuelle d’Ethnographie, EHESS, et du panel « Comment l’avez-vous (d)’écrit ? », (Programme disponible ici).

Interventions dans les médias :

(2021) Interview pour P. Garrigues, journaliste au journal Pour l’ÉCO, « Marché funèbre »,  une série d’articles sur l’économie de la mort, mis en ligne le 23 mars 2021, (Disponible ici).

(2020) Participation au documentaire de Camille Vidal-Naquet, « Des morts entre les mains », Slow Production, France 3, France Télévisions, 2020.

(2019) Article, «Vincent Lambert et le (trop grand) prix du passage», AOC média – Analyse, Opinion, Critique, publié le 3 juin 2019, (En ligne), (Disponible ici).

Bourses, prix et séjours à l’étranger :

(2018) Visiting Scholar à l’U.V.A d’Amsterdam (Pays-Bas).

(2017) Visiting Scholar à la Washington University of St. Louis (États-Unis, Missouri).

(2017) Lauréate du Programme d’échange Social Studies of Institutions – Labex Tepsis.

(2014-2015) Bourse de la Fondation de France.

(2011-2013) Contrat doctoral de l’EHESS.

Enseignements :

(2021) Chargée de cours à l’Université Paris 13 – Villetaneuse, TD, L1, A.E.S. 

  • Introduction à la sociologie.

(2016-2018) ATER en Sociologie et Sciences politiques à l’Université de Rouen-Normandie, CM et TD, Licence 1 et Licence 2, Droit et Sciences politiques.

  • Méthodologie de l’enquête.
  • Introduction à la sociologie.
  • Enjeux des politiques contemporaines.
  • Introduction à la sociologie.

(2015-2016) Chargée de cours vacataire à l’Université Paris-Daupine PSL, TD, Licence 1 et Licence 2, Gestion DEGEAD.

  • Antagonismes et solidarités dans les sociétés contemporaines.

(2014-2015) Monitrice à l’Université Paris-Dauphine PSL, TD et CM, Licence 1 et Licence 2, Gestion DEGEAD.

  • L’émergence de la pensée sociologique : la pensée des fondateurs.
  • Antagonismes et solidarités dans les sociétés contemporaines.

(2012-2013) Monitrice à l’Université d’Évry Val d’Essonne, TD, Licence 1, A.E.S.

  • Les grands thèmes et notions de la sociologie.

 

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